Mission du Carrefour Famillial des personnes handicapées Québec, le 8 février 2016L'accessibilité universelle c'est pas d'aujourd'hui, et pourtant...

Depuis la fin des années 1960, inspirés par les courants de la normalisation et de l’intégration sociale, de nombreux États se sont mobilisés en faveur de l’accessibilité des milieux et des infrastructures urbaines. À grand renfort de lois, de politiques et de règlements, ils exigèrent des acteurs publics et privés qu’ils éliminent les barrières dans leurs constructions existantes et s’engagent à ne pas en créer de nouvelles dans celles à venir. Près de cinquante ans plus tard, force est toutefois de constater que les personnes ayant des incapacités continuent à rencontrer quotidiennement quantité d’obstacles les empêchant d’accéder aux infrastructures et aux services offerts dans leur milieu de vie.

Reconnaissant cet état de fait, institutions internationales, gouvernements, professionnels et organismes de défense des droits de tous les pays se sont rassemblés au début des années 2000 dans le but de réfléchir aux moyens devant être mis en œuvre par nos sociétés afin de leur garantir une participation sociale pleine et entière. Adoptée en 2006, la Convention relative des droits des personnes handicapées (CPDH) a placé les notions de conception et d’accessibilité universelle au cœur des préoccupations demandant aux États parties de prendre « des mesures appropriées pour leur assurer, sur la base de l’égalité avec les autres, l’accès à l’environnement physique, aux transports, à l’information et à la communication, y compris aux systèmes et technologies de l’information et de la communication, et aux autres équipements et services ouverts ou fournis au public, tant dans les zones urbaines que rurales (ONU, 2006) ».

Responsables de la mise en valeur du territoire, acteurs dans le développement économique et social et lieux de concertation et de participation démocratiques, les villes et les municipalités jouent aujourd’hui un rôle central dans l’avènement de la société inclusive. En effet, leurs interventions sur les dimensions sociales et physiques de l’environnement urbain contribuent à structurer la vie quotidienne et les expériences des personnes ayant des incapacités, et ainsi améliorer la participation sociale.

Les adoptions de la Loi assurant l’exercice des droits des personnes handicapées en vue de leur intégration scolaire, professionnelle et sociale (2004) et de la Politique À part entière : pour un véritable exercice du droit à l’égalité (2009) par le gouvernement québécois au cours de la dernière décennie s’inscrivent dans la suite de ce mouvement international. Si ces initiatives ont contribué à mobiliser les villes en faveur de l’accessibilité universelle, les personnes ayant des incapacités n’ont pas encore accès à l’ensemble des bâtiments, infrastructures et services offerts sur leur territoire. Ceci tient notamment au fait que les différents acteurs publics ou privés actifs dans les villes prennent parfois des décisions allant à l’encontre des efforts des autres en matière d’accessibilité. En effet, les travaux réalisés à l’entrée d’un commerce par un entrepreneur peuvent remettre en question son accessibilité. De même, l’installation d’un nouvel équipement urbain tel qu’un banc, une poubelle, une fontaine, etc. peut limiter l’accès à une terrasse au préalable accessible. Pour éviter ce genre d’événement et s’assurer que la trame urbaine se développe de façon cohérente, il est nécessaire que les personnes ayant des incapacités participent à l’identification des problèmes existants et contribuent au développement des solutions proposées pour réduire les obstacles sociaux et physiques présents dans leurs milieux de vie.

Faire de la ville inclusive ne repose toutefois pas que sur la mise en place de solutions techniques et d’aménagements. Des mécanismes de collaboration doivent être présents afin de faciliter les échanges d’expertises et des connaissances entre tous les acteurs impliqués, mais également soutenir leurs apprentissages collectifs. Ce n’est que de cette façon que les villes pourront initier des changements durables sur leur territoire et influencer les pratiques des institutions publiques et des organismes privés de façon à ce qu’elles intègrent davantage les principes de la conception et de l’accessibilité universelle.

Est-ce une utopie que d'envisager qu'un jour prochain, les personnes en situation de handicap participent pleinement à la table des décideurs et valident les principes de la conception et de l'accessibilité universelle ?

Francis Charrier
Administrateur au conseil d'administration de Carrefour
et coordonnateur du RIPPH